Katiana CordobaAccompagnement individuel et soins sonores
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Les « je devrais » qui nous gouvernent et l'illusion de la perfection

Nous vivons dans un monde tissé de « je devrais » : je devrais être patiente. Je devrais être une bonne mère. Je devrais toujours être là pour les autres. Je devrais méditer plus, mieux manger, être en grande forme.

Ces « je devrais » nous chuchotent à l'oreille constamment et façonnent nos actions, nos émotions et même notre sentiment de valeur. Ils nous guident, nous donnent une direction, et souvent, ils nous poussent à grandir. Ces conditionnements ne sont ni bons ni mauvais en soi. Il y a de la beauté dans le fait d'être bienveillant, responsable, présent ou discipliné, et bien de ces « je devrais » nous apportent de la joie, du sens et de l'accomplissement.

Là où l'on se perd, c'est qu'on ne les vit pas simplement comme des possibilités. Sans s'en rendre compte, on se crée une version idéale de soi-même, une version qui devrait toujours répondre parfaitement à ces attentes.

D'où vient cet idéal

Et d'où vient cette version idéale? De l'enfant en nous.

Pour un enfant, être aimé, c'est être en sécurité. Quand on était petits, on observait le monde autour de nous et on apprenait ce qui était félicité, ce qui était accepté et ce qui nous faisait sentir en sécurité. Dans cette innocence, on a fait des choix, inconscients et profondément ancrés. On a décidé que si on était toujours gentil, on serait aimé; que si on réussissait, on serait en sécurité; que si on ne décevait jamais personne, on aurait notre place.

On s'est créé une carte intérieure de la façon d'exister dans le monde, en croyant que tant qu'on la suivrait, on serait protégé. Et parce que personne ne nous a dit le contraire, on a pris cette carte pour notre identité.

Mais la perfection n'est pas fixe. Elle est fluide, toujours changeante, différente pour chaque personne et impossible à définir avec le mental humain. C'est une idée abstraite et mouvante qu'on ne peut jamais saisir complètement. Et pourtant, on passe notre vie à essayer d'atteindre un idéal impossible créé par une version beaucoup plus jeune de nous-mêmes, par peur, par désir, par ce besoin si simple et si naturel d'être aimé.

Quand on n'y arrive pas

On s'accroche à ces « je devrais » si fort qu'on croit que notre bonheur, notre valeur et même notre capacité à être aimé en dépendent. Et comme cette perfection n'existe pas vraiment, on vit dans un jugement constant de soi-même.

Quand on n'y arrive pas, ce qui arrive forcément, quand on perd patience, qu'on saute un entraînement ou qu'on a besoin d'espace au lieu d'être toujours là pour les autres, qu'est-ce qui se passe? Au lieu de nous permettre d'être humains, on se rejette. On a l'impression de ne pas être assez. Et si on n'est pas assez, on a peur de perdre l'amour des autres; on peut se sentir en insécurité, anxieux, ou avoir l'impression que quelque chose de terrible est sur le point d'arriver.

Le piège le plus subtil, c'est que parce qu'on croit tellement à ces « je devrais », on ne les voit plus. On ne les reconnaît pas comme quelque chose qu'on a adopté; on croit qu'ils sont nous. On ne voit plus que ce sont des pensées conditionnées, des constructions mentales, et dans cet aveuglement, on reste pris dans l'ombre de notre propre mental, à toujours essayer d'être à la hauteur d'une illusion qu'on n'atteint jamais vraiment.

Simplement remarquer

Mais si on se contentait de remarquer ces « je devrais »? Pas comme quelque chose à réparer ou quelque chose de mauvais, juste comme quelque chose à voir. Parce que quand on les voit clairement, quelque chose de profond se produit : on réalise qu'on n'est pas eux.

Si vous pouvez observer vos « je devrais », alors qui est-ce qui observe? Ces « je devrais », est-ce vraiment vous, ou sont-ils des échos de conditionnements, des croyances transmises par votre éducation, votre culture, votre religion, votre école, et la façon dont vos parents, vos frères et sœurs et vos amis vous ont traité? Sont-ils des schémas formés par des expériences, des blessures ou des mécanismes de survie qui vous ont un jour protégé?

Encore une fois, le conditionnement en soi n'est pas l'ennemi. Être une bonne mère, c'est un conditionnement beau et noble; ça peut être une des plus hautes expressions de l'amour. Mais quand on s'y accroche au point de se rejeter parce qu'on ne répond pas toujours à nos propres attentes impossibles, on s'enferme sans le savoir dans un cycle de jugement de soi. On confond être une bonne mère avec une perfection inatteignable, et quand on n'y arrive pas, ce qui arrive forcément, on souffre.

Les autres comme miroirs

Et ça ne s'arrête pas là. On étend aussi ce rejet aux autres. Comme on se juge soi-même, on juge les gens autour de nous qui ne répondent pas aux mêmes « je devrais ». On projette nos attentes sur eux et on se sent frustré quand ils ne correspondent pas à ce qu'on pense qu'ils devraient être.

Mais les autres ne sont pas des obstacles à notre croissance; ce sont des miroirs. Ils reflètent ce que nous sommes, ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas. Ils nous montrent les schémas mêmes qui nous façonnent, non pas pour qu'on les juge, mais pour qu'on les voie.

Le vrai travail, ce n'est pas d'éliminer nos conditionnements. C'est d'observer comment on réagit quand on n'y arrive pas, et de remarquer à quel point on est attaché à ces « je devrais », comme si notre paix et notre bonheur en dépendaient entièrement.

Être aimé, c'est être amour

Et pourtant, une vérité attend d'être découverte : être aimé, c'est être amour. Au moment où on le réalise vraiment, tout change.

Cette prise de conscience ne se force pas. Il ne s'agit pas de combattre les couches de conditionnement ou de les arracher. Elle vient par une observation douce, par la curiosité, par l'accueil. On enlève les couches non pas dans la lutte, mais comme une danse de découverte. Chaque fois qu'on voit plus clairement, on se souvient de qui l'on est vraiment sous le conditionnement, et on réalise que notre essence n'a jamais été perdue, seulement recouverte par de vieilles blessures, des pensées et des réactions.

Ce processus continue, encore et encore. Ce n'est pas une révélation unique, mais quelque chose qui se vit dans ce moment-ci, dans une présence profonde. Il s'agit d'être avec ce qui est, sans résistance, et quand la résistance apparaît, de ne pas résister à la résistance, mais simplement de l'observer.

Le chemin de l'abandon

La transformation ne se fait pas par la force. Ce n'est pas notre force qui amène la lumière dans l'ombre; c'est le Divin qui transforme, à son rythme et à sa façon. C'est Dieu qui guérit. Nous cocréons avec le Divin non pas par l'effort, mais par l'abandon.

Quand on s'abandonne, on s'aligne avec l'intelligence divine et avec le grand déploiement de la vie, et dans cet alignement, on vit quelque chose de bien plus grand que les attentes de nos « je devrais » : quelque chose d'infiniment vaste, d'infiniment aimant et d'infiniment libre.

C'est ça, le chemin : non pas réparer ou juger, mais voir; non pas lutter, mais s'abandonner; non pas chercher l'amour, mais réaliser que nous sommes amour. Et chaque fois qu'on s'en souvient, on revient à la maison, en nous-mêmes.

Katiana

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